Suant sang (du faux) et eau (de la vraie), 54 jeunes de 18 à 30 ans ont effectué la préparation militaire gendarmerie. S'ils sont reçus, ils intégreront la réserve aux côtés des pros.
Ils sont en kaki, rêvent de s'habiller en bleu et de troquer leur treillis pour des képis. Pendant deux semaines, 54 jeunes de la région (dont douze du Loiret) ont intégré la préparation militaire destinée à former des réservistes de la gendarmerie.
Un stage exigeant à base de tirs réels, de démontages-remontages d'armes à feu, de scénarios d'accidents et d'arrestations. Le tout ponctué de séries de pompes et entrecoupé de repos à la caserne Marie-Stuart, à Orléans. « En gros, le métier de gendarme », résume le programme envoyé à la presse.
« Une candidate est partie en courant. Peut-être qu'elle a vomi ! »
Direction le terrain militaire de La Grémuse, à Olivet, pour une mise en situation. Dans le rôle d'une blessée, une policière municipale de Saint-Jean-de-Braye, réserviste depuis 2006 : chassez le naturel, il revient avec des galons. Elle gît sur le sol. On ne comprend pas bien si elle agonise, si elle est juste blessée, si elle va se relever et comment tout cela va se finir. C'est du chiqué. Et rudement bien joué.
C'est que Maria Dequatre a pris le parti, entre deux effusions d'hémoglobine de synthèse (« comme au cinéma ! », précise une formatrice, fière de tendre un flacon identique à ceux utilisés dans les studios de la Plaine Saint-Denis) de simuler des bouffées de délire, à la manière d'une Jeanne d'Arc qui n'aurait pas respecté une priorité à droite.
« Oh la la, vous auriez vu tout à l'heure ! Une candidate est partie en courant. Peut-être qu'elle a vomi. Enfin, j'sais pas », chuchote un gradé, assez content de l'effet, alors qu'un faux journaliste fait mine de prendre des photos, « pour faire vrai ».
Un aspirant approche des lieux de la collision. « Ça va madame madame, vous m'entendez ? » « C'est toi Marcel ? Bah, pourquoi t'es habillé en jaune ? Hé ! On sort ce soir ? Hein Marcel comme on avait dit ! », marmonne la fausse éclopée, dont la déraison simulée se focalise sur le gilet fluo du candidat. S'ensuit un dialogue, si intelligemment abscons, qu'on le croirait repris in extenso d'un roman d'Anna Gavalda, croisé avec un sketch des Monty Pythons.
Debriefing par une formatrice : « Bon, pour savoir si c'est une hémorragie importante, vous prenez un mouchoir. Et au contact de la plaie, s'il devient tout de suite rouge, c'est important ».
Extrait de son siège comme une dent de sa gencive
À quelque 500 mètres de ce « dramatique accident », se déroule une scène digne de la série « Chips ». Sauf que le soleil blafard de la forêt d'Olivet, qui éclaire timidement les sentiers terreux, remplace le clinquant des autoroutes californiennes du feuilleton américain.
Deux filles, allongées dans un fossé, papotent pour ne pas assister - égalité devant le test oblige - à cet entraînement dédié aux techniques de l'interpellation. D'abord banal, (« alors, monsieur, on n'a pas mis sa ceinture de sécurité ? »), l'épisode gagne en intensité lorsque surgit un autre aspirant, un pistolet en plastique bleu dans les mains, braqué en direction du conducteur.
« Code rouge ! », hurle le candidat à sa condisciple qui dégaine aussitôt son joujou : « Les mains sur la tête ! » Le conducteur est extrait de son siège, comme une dent de sa gencive, avant d'être - sans suspense - menotté. Plus grave encore que la ceinture, il dissimulait une arme.
À quoi aspirent ces candidats ? Angélique Dieulesaint le dit tout de suite : « Non, ça n'est pas pour le côté Koh-Lanta. » Cette coiffeuse à domicile, âgée de 22 ans et habitant Malesherbes, toujours féminine même après des dizaines d'heures d'entraînement, ne sait pas « encore si le maniement d'une arme à feu est plus agréable que celui d'un ciseau ».
Elle est venue par goût, parce qu'elle partage la vie d'un ex-sapeur pompier de Paris et qu'un stage au collège sur le racket à l'école l'a sensibilisée aux missions des forces de l'ordre.
Plus pragmatique, Léa Pageard, une étudiante en droit de 19 ans d'Orléans, aimerait faire l'école des officiers de la gendarmerie. « Avant de me lancer, explique-t-elle, je veux déjà avoir une idée. » Cette fois-ci, il ne s'agira plus d'un synopsis
Repères
Nombre de réservistes Dans le Loiret, ils sont 164. À Orléans, ils sont 18.
Les conditions d'admission Être de nationalité française ; être âgé de 17 ans au moins ; avoir satisfait aux obligations du service national ou de la journée d'appel de préparation de la défense. Faire au moins 1,70 m pour les hommes ou 1,60 m pour les femmes ; être apte moralement et psychologiquement, jouir de ses droits civiques et être « de bonne moralité ».
Durée Le contrat d'engagement peut être signé pour une durée d'un à cinq ans, renouvelable. Le réserviste peut faire jusqu'à trente jours par an mais peut en cas de nécessité dépasser en allant jusqu'à soixante jours. Le minimum est de cinq jours par an.
Contact Centre d'information et de recrutement d'Orléans.
42, boulevard Alexandre-Martin. Tél. 0.820.220.221.