Fin des vendanges, commencées le 24 septembre, dans les vignobles de l'Orléanais, où l'on attend une bonne année malgré un printemps avare en soleil. La qualité y sera, pas la quantité, comme sur tout le Val de Loire.
Alors, il sera comment ? La question était sur toutes les lèvres et à l'approche de tous les gosiers, dimanche dernier, à Mareau-aux-Prés. Pour la fête des vendanges. Pas de chance, ce fut avis de tempête. De l'eau par tombereau, alors que ce début d'automne est en général sec comme un coup de cep.
Après la fête, le terrain : lundi dernier, soleil d'octobre entre les rangées de vignes du côté des blettes sur Mézières-lez-Cléry, aux confins de Mareau et de Cléry, en plein triangle d'or de la viticulture orléanaise. Alors, messieurs, il sera comment ce 2008 ? Bertrand Montigny - les Montigny, on les compte par grappes dans le coin ! - stoppe son enjambeuse en bout de rangée : « On a eu des conditions exceptionnelles, pas de gel. Il n'y en a pas beaucoup, mais il sera sucré. » Alors, s'il est vrai que le printemps n'a pas eu une vraie cuisse ensoleillée, les 120 hectares des appellations Orléans et Orléans-Cléry (blancs, rouges, rosés) devraient donner une trentaine d'hectolitres à l'hectare, trente-cinq tout au plus. La moyenne depuis que sont nées les deux AOC (Appellation d'origine contrôlée) en 2006 (le 6 septembre exactement).
Un cahier des charges draconien dans le vignoble, depuis le classement en AOC
« Là, il manque des yeux sur la branche », montre Patrick Harnois, le président du syndicat viticole de l'Orléanais. Depuis le bâton de maréchal de l'appellation, la trentaine de producteurs de l'Orléanais, les derniers Mohicans, ont appliqué un cahier des charges draconien : supprimer tout ce qui dépassait 5.000 pieds à l'hectare. Fini, l'Orléanais qui faisait pisser le gris meunier et le Gamay en VDQS (Vin délimité de qualité supérieure). Aujourd'hui, tapissé de vignoble du temps des rois, l'Orléanais sort des vins ronds et gouleyants, qui n'ont plus rien à voir avec la piquette d'antan.
S'il en est un qui a connu les vendangeurs manuels - lesquels n'étaient d'ailleurs pas tous d'origine portugaise -, c'est bien Alyre Montigny, 80 ans aux cerises, ou aux... raisins. Il est là-haut dans la benne, il tasse les grappes crachées par l'enjambeuse que manie son fils, Bertrand. « C'est pas qu'il est mal, mais le printemps n'a pas été bien favorable au moment du débourrement. » Exact, mais ensuite, comme le confirme Patrick Harnois, avec ses faux airs de Jean Gabin, le président de la coopérative (200.000 bouteilles par an) qui vend 40 % de la production, « on n'a pas eu d'eau, il a fait très sec, donc pas de pourriture ».
Ces viticulteurs de l'Orléanais, qui sont obligés de faire des céréales pour boucler les fins de mois, en savent quelque chose. Bertrand finit sa rangée à bord d'une des six enjambeuses du vignoble que l'on se partage entre viticulteurs. « Le plus délicat, c'est de bien régler le rythme de la machine, assez fort pour que les grains tombent bien, mais pas trop fort pour préserver l'an prochain. » Alors, souffre-t-il d'un manque de notoriété, cet Orléanais qui n'appartient ni au réseau des vins de Centre Loire (Sancerre, Reuilly, Mennetou... coteaux du Giennois), ni à celui d'Inter-Loire (Touraine, Chinon, Vouvray...) ? « Avec nos petits rendements, la cotisation serait trop chère », répond Patrick Harnois. Autrement dit : comment faire connaître son terroir sans faire valser... les étiquettes ?
Vin bio de Saint-Ay en deux clics
C'est l'histoire d'un site Internet bio. Sans pesticide, sans désherbant, sans engrais. À surfer dessus sans modération.
www.vinbionaturel.fr
a été créé dans l'Orléanais, à Saint-Ay. Le vin bio, c'est très mode. Alors, deux jeunes passionnés, Guillaume le Brun, 28 ans, et Cedric Place, 31 ans, ont décidé de surfer sur cette tendance pour offrir au consommateur la possibilité de déguster du vin bio de qualité, sans avoir à faire les foires et les cavistes. C'est simple comme trois clics : chacune des cent références présentées est disponible en stock et à l'unité, pas besoin d'en acheter trois caisses. Pas de minimum de commande, et le panachage est même recommandé. « J'ai environ 2.000 bouteilles dans ma cave. Nous pouvons livrer en 48 heures ou en quatre jours maximum », dit Guillaume. Leurs meilleures bouteilles en ce moment ?
Des Saint-Nicolas de Bourgueil, des côtes du Rhône, des pétillants de Loire... Le vin bio, c'est une nouvelle culture, dans tous les sens du terme. Un goût nouveau et des terroirs propres. « À force d'avoir des idées autour d'un verre de vin bio, on a décidé de proposer à tout un chacun les vins que nous avons envie de faire connaître », dit Cedric Place. Pour les néophytes, les petits bleus qui veulent goûter du rouge : la « caisse toute rouge », six vins coups de coeur du moment.