Temps forts du Loiret

 
A Orléans, 2.500 lycéens ont clamé "Résistance" face à la loi Darcos
Publié le 08 mai 2008 - 00:02
Sous un soleil complice, une véritable marée humaine, entre la médiathèque et les trémies du centre commercial Place d'Arc. (Photos : P. R.)
La grogne lycéenne monte d'un cran. Alors que l'on dénombrait 700 manifestants la semaine dernière, ils étaient 2.500 à battre le pavé, hier à Orléans. Quelques incidents ont émaillé une manif bon enfant.
Suppressions de postes = augmentation de la grogne. Une équation simple, qui a trouvé tout son écho dans les rues d'Orléans, mardi matin. 2.500 lycéens (4.000 selon les organisateurs) y ont battu le pavé pour clamer leur hostilité à la cure d'amaigrissement imposée au corps enseignant par le ministre Xavier Darcos. Les chiffres qui circulent font état de 331 postes sacrifiés dans l'académie, dont 41 parmi 12 lycées du Loiret, soit 85 postes d'enseignants « gommés » dans le département à la rentrée prochaine.

Bien des lycées (Jean-Zay, Pothier, Benjamin-Franklin, Charles-Péguy à Orléans, Genevoix à Ingré) sont bloqués, dès 7 h 15. Une poignée d'élèves du lycée professionnel Leclerc, à Saint-Jean-de-la-Ruelle s'illustre en perturbant la circulation sur la RD 152, aux portes de leur établissement.

Casseur interpellé
Sous un soleil complice, vers 10 h 30, les jeunes manifestants se regroupent sur le parvis de la cathédrale orléanaise. Alexandre à la basse, Mickaël à la trompette, Victor aux percussions et quelques autres élèves du conservatoire d'Orléans en tête du défilé décident de mettre une note de fantaisie à une manif plutôt bon enfant. Un bémol quand, capuches pour masquer les visages, une cinquantaine de jeunes défient le cortège qui s'avance lentement vers eux. Dans le même temps, les talkies-walkies des policiers crépitent : « Une porte et une vitre ont été brisées au lycée Saint-Paul. Plusieurs dizaines d'individus masqués ou cagoulés ont pris la fuite. » L'un des auteurs présumés sera « cueilli » en douceur, une heure plus tard. Ce jeune de 17 ans, sorti du système scolaire, était toujours en garde à vue au commissariat, mardi soir.

Nouvelle poussée de fièvre, un bref instant, à l'entrée de la rue des Carmes. Toujours en tête de cortège, une trousse, un paquet de gâteaux, puis deux cannettes prennent la voie des airs pour « atterrir » au pied des six policiers qui coiffent, un instant, leur casque anti-émeute.

« Rachida Dati : on va lui faire la misère à Orléans »
Retour au calme, aux refrains et slogans sur des airs connus : « Lycéens en colère, y'en a marre de la misère » alterne avec « Résistance », ou encore « Darcos serre les fesses, on arrive à toute vitesse ». La manifestation emprunte les boulevards, longe la médiathèque avant de s'engouffrer sous les trémies de Place d'Arc. Il faut dire qu'en cet endroit névralgique, un cordon de police un peu plus musclé dissuade les candidats à d'éventuelles « emplettes » dans le centre commercial... De retour aux portes du rectorat sans incidents ou débordements, les jeunes organisent un sit-in. Il est midi, et les rangs s'éclaircissent. Le temps pour Thibaud, élève de Pothier, de saisir un mégaphone et de fixer un rendez-vous pour le 8 mai, à l'occasion des fêtes de Jeanne à Orléans. La garde des Sceaux, invitée d'honneur, fait carrément figure de cible : « Rachida Dati, on va lui faire la misère. On va lui pourrir son arrivée à Orléans. » Et Thibaud revient parmi les huit lycéens à exprimer la volonté de rencontrer le recteur ; son directeur de cabinet fera l'affaire pour un entretien de 90 minutes (lire ci-dessous). Désormais, sur les cahiers à spirale, la date du 15 mai est marquée à l'encre rouge pour la prochaine manif.



Dialogue de sourds

Thibaud, lycéen à Pothier et membre de la délégation, ne mâche pas ses mots au sortir de la rencontre avec le directeur de cabinet du recteur : « On est déçus parce qu'il ne pouvait s'engager au nom du recteur ; il est clair qu'il avait mission de nous dissuader. Ce fut un dialogue de sourds : nous, non seulement on ne veut pas de suppressions, mais on souhaite des postes en plus, pour des conditions d'enseignement décentes. Bref, on a le sentiment d'une incompréhension totale. »
Gilles Ferté (Sud-Éducation) figurait parmi la quinzaine d'enseignants présents dans la manif. Il confie que les 331 postes supprimés dans l'académie « seront des départs en retraite non remplacés, complétés par des mesures de carte scolaire obligeant les enseignants à exercer ailleurs (hors département pour deux disciplines ou affectés en zone de remplacement, c'est-à-dire dépourvus de postes fixes) ». L'enseignant précise qu'à destination des parents notamment, une réunion d'information sur le malaise actuel est prévue le 13 mai, à 18 h 15, au lycée Charles-Péguy d'Orléans.

Tout au long de la manifestation de mardi, les lycéens en colère n'ont eu de cesse de dénoncer des conditions de travail dégradées, précaires, qui finissent, à les écouter, par démobiliser aussi bien les éléves que les professeurs. Une situation qui, d'après eux, va s'aggraver avec la réforme en cours. « On est déjà trente-trois et le prof a du mal à tenir la classe. En terme de niveau, d'encadrement, de volonté, il y a beaucoup moins de sérieux qu'avant, on a l'impression que tout le monde baisse un peu les bras », commente Christopher, en terminale au lycée Pothier d'Orléans. Charly, scolarisé à Péguy, estime, lui, qu'« avec trente-cinq élèves par classe les profs ne peuvent pas prendre en compte les élèves qui sont en retard, qui ont des difficultés ».
Alix, élève à Jean-Zay, déplore, pour sa part, la polyvalence imposée aux professeurs, contraints d'enseigner plusieurs matières. « J'ai pas envie d'avoir un prof qui enseigne deux ou trois matières. Je préfère de loin un prof très compétent sur sa seule matière. » Enfin, la carte scolaire fait également débat avec la menace, selon Mathieu, président du Mouvement des jeunesses communistes, « de mettre fin à la mixité et de créer des ghettos ».

Les profs de Beaugency à l'avant-garde

Dès lundi après-midi, à la sortie du lycée François Villon de Beaugency, certains professeurs jouaient les précurseurs et se mobilisaient, pour la première fois, afin de contester la future réforme. Ils n'ont pas hésité à déployer deux banderoles aux portes du lycée avant de distribuer des tracts aux élèves, expliquant les conséquences de la mesure envisagée. Une déléguée syndicale déclare : « Concrètement, à Beaugency, cela signifie que l'établissement va perdre quatre postes et demi de professeurs. Les enseignants vont donc devoir faire des heures supplémentaires, ce qui signifie moins de suivi des élèves. » Ils ont également convié parents, élèves et personnels à une réunion, le jeudi 15 mai à 18 heures au lycée, pour échanger et réfléchir à des actions en faveur de la défense du service public de l'Éducation nationale.
P. Ramond - A. Gautier

Vos commentaires

> Le 13 mai 2008 à 22:38 par dPm

C'est assez surprenant que les élèves réclament toujours plus de moyens, sans dire lesquels (en oubliant que l'Education nationale est le premier budget de l'Etat) et qu'ils passent leur temps à saboter les cours en chahutant, insultant les profs parfois, voire en les aggressant. Tous ces petits merdeux (ils sont peu nombreux) devraient aller voir dans des pays dont ils rêvent, où 50 enfants par classe arrivent très bien à étudier, dans le respect de leurs maîtres. Il faut dire que ceux-ci imposent peut-être mieux le respect que certains enseignants barbus nostalgiques des années 68.

> Le 09 mai 2008 à 20:03 par Jacques

Brigitte, c'est plutôt votre message qui ne tient pas debout.. Les lycéens ne demandent que des conditions d'études correctes.

> Le 08 mai 2008 à 19:55 par brigitte

c'est vraiment dommage que le corps enseignent , qui est toujours en train de proclamer le "NON RESPECT " de leurs élèves savent si bien les manipuler en ce moment en les envoyant dans la rue , bonjour les examens! alors il y a vraiment des questions à se poser...Leurs revendications ne tiennent vraiment pas debout.
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