Temps forts du Loiret

 
Les troubles musculo-squelettiques en tête des maladies professionnelles
Publié le 07 mai 2008 - 00:48
Un travailleur sur quatre se plaint de troubles du dos en Europe, 13 % des salariés en France présentent un trouble musculo-squelettique (TMS) des membres supérieurs. Dans le Centre, 1.446 cas d'origine professionnelle ont été reconnus en 2007, 300 dans l
Insuffisamment déclarés et pris en charge, les TMS concernent de nombreux travailleurs. Une campagne de communication vient d'être lancée pour sensibiliser salariés, médecins et employeurs à ces pathologies douloureuses.
En Europe, un travailleur sur quatre se plaint de troubles du dos. Et en France, selon un très sérieux réseau de surveillance épidémiologique, près de 13 % des salariés présentent un trouble musculo-squelettique des membres supérieurs.

Les troubles musculo-squelettiques - les TMS -, que le ministère du Travail cherche à mieux faire connaître pour mieux s'opposer aux ravages qu'ils font, sont des affections inflammatoires affectant les membres ou la colonne vertébrale. Tendinites de l'épaule et du coude, douleurs au poignet, lombalgies et autres inflammations articulaires sont des TMS fréquemment liées au travail.

L'ergonomie des postes de travail en question
Ces affections, qui sont reconnues comme maladies professionnelles - et sont prises en charge à ce titre - peuvent avoir différentes causes, liées à la mauvaise ergonomie du poste de travail, aux cadences trop importantes exigées des salariés, et également à l'ambiance de travail. Il est prouvé que les TMS sont moins fréquents, ou moins invalidants, dans les entreprises où règne une atmosphère détendue que dans celles où sourdent des conflits exprimés ou sous-jacents.

Outre ces facteurs pyscho-sociaux, que le Dr Josiane Albouy, médecin inspecteur régional du travail à Orléans, considère comme « déterminants », les troubles musculo-squelettiques sont causés par des gestes répétitifs (cas du travail à la chaîne) ou par de mauvaises positions de travail comme, par exemple, l'utilisateur d'un ordinateur qui ne serait pas bien installé en face de son clavier et de son écran. Ce qui peut être le cas, notamment, chez les caissières dans la grande distribution. Par ailleurs, les ambiances froides (abattoirs, transformation alimentaire, travail en extérieur) favorisent la survenue de ces maladies, tout comme, dans un autre domaine, la répétition de port de charges lourdes, comme cela peut être le cas dans le bâtiment.

Le poignet et l'épaule les plus touchés
Le ministère du Travail vient de lancer une campagne de communication destinée à mieux faire connaître les TMS, afin de lutter plus efficacement contre, et de mieux prendre en charge les personnes qui en sont atteintes, notamment dans le cas d'affections professionnelles. Une campagne qui vient de démarrer à la télévision, et qui se poursuivra jusqu'en juin à travers la presse écrite.

Si les TMS touchent de nombreuses personnes, qui souffrent et peuvent être handicapées dans les gestes de la vie quotidienne, ils sont assez rarement indemnisés comme maladies professionnelles. Parce que, de l'avis de tous, ils sont sous-déclarés. En région Centre, 1.446 cas de TMS d'origine professionnelle ont été reconnus l'an dernier, dont 300 dans le Loiret, avec une nette prédominance des affections du poignet puis, ensuite de l'épaule. C'est certainement peu par rapport à la réalité.

Cela parce que les médecins sont globalement assez peu sensibilisés à la procédure de déclaration de ces affections.

Que peut faire un salarié atteint d'un trouble musculo-squelettique qu'il pense être d'origine professionnelle ? D'abord, en parler à son médecin traitant. Ensuite, demander à son entreprise à consulter le médecin du travail. Ensuite, s'adresser à la Caisse primaire d'assurance maladie de son département, dont les médecins-conseils ont autorité pour décider des cas de personnes atteintes de maladies professionnelles devant faire l'objet d'une prise en charge par la société.



Une bombe à retardement

Pour un certain nombre de spécialistes de la question, les troubles musculo-squelettiques représentent une véritable bombe à retardement. D'une part, ils sont nettement sous-déclarés (lire ci-dessus). D'autre part, la volonté affichée par le gouvernement de maintenir les salariés dans l'emploi à un âge plus avancé qu'aujourd'hui risque de faire exploser cette réalité douloureuse.

S'ils sont fréquents dans le cas de pénibilité physique du travail (cas des ouvriers du bâtiment par exemple), les TMS n'épargnent plus personne. Et ils sont nombreux dans le secteur tertiaire. Les personnes de 55 à 65 ans peuvent être plus sensibles à ces affections inflammatoires. Mais surtout, c'est l'absence de véritable engagement patronal sur l'aménagement des postes de travail et du déroulement de carrière, associé au vieillissement des salariés, qui est facteur d'explosion épidémiologique.

2.400 fois le même geste chaque jour !
Éric Gaudisson, 42 ans aujourd'hui, ne fait pas partie de ce que l'on appelle les seniors. Pourtant, de 1992 à 2005, il a souffert d'une tendinite de l'épaule directement liée à son activité professionnelle. Salarié aux abattoirs de Fleury-les-Aubrais, il découpait les carcasses de porc à la scie, à raison de 1.200 bêtes par jour, soit 2.400 fois le même geste dans sa journée ! Ne pouvant obtenir une évolution de poste, il a quitté l'entreprise fin 2005.

Depuis cette date, il occupe un emploi polyvalent dans une société de location de matériel de bâtiment et travaux publics, et sa tendinite n'est plus qu'un mauvais souvenir.







Repères

Les TMS en chiffres
32.500 cas de troubles musculo-squelettiques ont été reconnus comme maladies professionnelles en 2006 en France, et indemnisés à ce titre. Ce qui, de l'avis des spécialistes, est bien en dessous de la réalité, puisque 25 % des travailleurs européens se plaignent de maux de dos, 23 % de douleurs musculaires.

Conséquences économiques
On estime à 7 millions le nombre de journées de travail perdues à cause des TMS. Les frais couverts par les cotisations des entreprises pour ces maladies dépassent 700 millions d'euros par an.

Un site pour s'informer
Pour plus d'informations, on peut se reporter au site Internet info-tms.fr
Claude Gagnepain

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