Allongement de la durée de cotisation retraite, flambée des prix et baisse du pouvoir d'achat, seront évoqués dans les défilés du 1er Mai. Au même titre que le stress au travail, désormais pris en compte.
1er Mai, fête du travail. Mais le travailleur est-il à la fête ? 47% des salariés français disent éprouver du stress au travail.
« Stress au travail », le mot est lâché. Un terme « très négatif et sujet à la mode, même s'il s'agit d'une réalité », considère, sur le ton de la confidence, un premier directeur des ressources humaines (DRH). L'un de ses collègues orléanais fait porter une part de responsabilité à la semaine des 35 heures : « Moins de présence dans l'entreprise engendre davantage de pression » tout en reconnaissant que « la polyvalence, réclamée ici et là, peut aboutir à du stress ; nous ne sommes pas tous égaux devant les outils industriels ». Olivier Dumas, DRH chez John Deere à Saran, aborde le sujet autrement : « Décision a été prise, voilà un mois, de mettre l'accent sur l'environnement professionnel de nos 900 salariés, et de le rendre aussi positif que possible. Cela en veillant à une bonne répartition de la charge de travail entre les salariés, en fournissant des outils, des locaux leur permettant d'être à l'aise, en veillant à l'équilibre vie professionnelle-vie privée. Cela peut passer par un aménagement des horaires de travail, par un projet de crèche qui libère de certaines contraintes, etc. Chez John Deere, on a toujours considéré que les salariés constituaient le capital le plus important de l'entreprise. »
Ni négligé ni négligeable
Même si les statistiques font état de 5 % de simulateurs, le stress au travail est désormais pris au sérieux. Dès 1998, un livre de Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, a joué les révélateurs. Aujourd'hui, les pouvoirs publics semblent vouloir y prêter une attention toute particulière (lire ci-dessous).
Un médecin généraliste confie que « la pathologie la plus fréquente se traduit par des troubles musculo-squelettiques ». Il évoque aussi troubles digestifs, insomnies, crises d'angoisse. « Hypertension artérielle et maladies coronariennes découlent d'un état de stress avec, dans les cas les plus marqués, un syndrome d'épuisement professionnel appelé "karoshi" chez les Japonais et "burnout" chez les Anglo-Saxons. » Mais, pour plagier le propos du représentant de l'entreprise John Deere, l'idéal n'est-il pas que la bonne santé de l'entreprise passe par celle de ses salariés ?
Expérience pilote en région Centre
Première nationale en région Centre : la médecine du travail (devenue « service de santé au travail » depuis 2004) y est pilote et expérimentateur de l'outil baptisé « Samotrace », destiné à mieux cerner le problème du stress au travail, pudiquement appelé ici « souffrance mentale au travail ».
Le Dr Fabienne Bardot, qui exerce à Orléans, était parmi la dizaine de médecins du travail à concevoir « Samotrace » : « Nous avons d'abord élaboré un questionnaire (abordant les problèmes de dépressivité au travail), en collaboration avec les chercheurs de l'Institut de veille sanitaire (département santé travail). Ensuite, avec l'appui de 160 médecins du travail de la région, le questionnaire a été rempli, sur les années 2006 et 2007, par plus de 6.000 salariés des six départements de la région, vus lors de nos consultations. Un échantillon aléatoire, puisqu'un tirage au sort déterminait le patient-cobaye qui donnait préalablement son accord. C'est un véritable travail épidémiologique », explique Fabienne Bardot.
Le secteur du bâtiment moins touché
Depuis février, les données sont décortiquées par les statisticiens qui produiront les conclusions courant 2008. Si les résultats sont pertinents, la pratique sera étendue à l'ensemble de la France. Bien que le dépouillement des données ne soit pas achevé, les résultats préliminaires permettent de constater que les salariés des secteurs bancaire, de la santé, de l'agroalimentaire sont les plus concernés par le stress. En revanche, l'artisanat et le bâtiment, où la pénibilité est reconnue, semblent quelque peu épargnés. Parallèlement à cela, un observatoire de santé-travail, baptisé « Everest », est en gestation et livrera ses premières données à mi-2009. « Everest » ne se contentera pas d'un « instantané » ; il est installé dans une perspective durable.
Ce qu'un médecin qualifie d'« épidémie du suicide » vécue ces derniers mois, notamment chez Renault ou dans la police, a retenu l'attention du ministre de la Santé. Le 12 mars dernier, Xavier Bertrand a reçu les conclusions d'une expertise, conduite par les spécialistes Philippe Nasse et Patrick Légeron. Il a alors annoncé le lancement d'une enquête nationale pour mesurer le stress au travail et identifier les secteurs touchés. Les résultats seront publiés courant 2009. Il faut comprendre que ces problèmes de stress professionnel coûtent une fortune en termes de prise en charge par la Sécu.