Vraies et fausses menaces
Publié le 17 mai 2008 - 09:51
Nombreux sont les quotidiens régionaux absents des kiosques ce matin, pour cause de grève. Au-delà des raisons de ce mouvement social déclenché par la Filpac-CGT (le deuxième en une quinzaine de jours), la non parution d’un journal engendre toujours la triste sensation d’un vide. On n’est évidemment pas obligé de lire un quotidien, mais c’est un peu de l’espace démocratique qui s’amenuise lorsqu’un titre manque à l’appel.
Et puis, on ne peut s’empêcher de penser que dans une période de crise pour la presse, l’absence des journaux dans les présentoirs n’est pas le meilleur remède qui soit face à la volatilité du lectorat. Devant les réelles difficultés du secteur, liées à l’émergence de nouveaux médias souvent gratuits d’accès, c’est plus l’union sacrée qui s’impose dans les entreprises de presse que l’exacerbation des tensions sociales. Rien ne serait plus dommageable non plus que de fantasmer sur les fausses menaces qui pèseraient sur l’avenir des journaux, en ignorant les vrais dangers.
L’indépendance d’un titre, tient d’abord à sa bonne santé économique. Même si l’on peut dénoncer les stupides maladresses d’un pouvoir voulant transformer l’Agence France Presse en agence... postale pour communiqués partisans, la lucidité s’impose. Ce ne sont pas les réprimandes de Nicolas Sarkozy qui menacent le plus les journaux, mais le désintérêt des lecteurs.
Dans une société de l’information qui, avec internet et ses multiples contributeurs, n’est plus exclusivement désormais une société de journalistes, des remises en cause s’imposent à tous. Et pour favoriser un nouveau «contrat de lecture», mieux vaut commencer par ne pas décourager le lecteur. En le privant.
Jacques Camus